20 mars 2016

Loin de Bangkok





















Bangkok 28 février 2016. Technique étendue du souffle et de la non-action au milieu de la pollution atmosphérique et sonore. Bangkok est une ville immense comme Venise+New York+Berlin. Le Bouddha surveille les flics qui surveillent les gens qui suivent leur smartphone programmé par le Bouddha du « code ». La nuit les centaine de gratte-ciel sont éteints. L’ultra-moderne éclairé à la chandelle. Les habitants aiment la lumière tamisée. Juste quelques loupiotes à 200 ou 300 mètres du sol pour se signaler aux avions. C’est l’anti-Paris ville lumière ou l’anti-NewYork ville spectacle. Prélude ou conséquence de la COP 21 ou vision asiatique des économies d’énergie en période de crise économique. Le paysage urbain est hallucinant, fantomatique, inconcevable. En bas des gratte-ciel les foules-myriades de gens éclairés seulement par la lumière blafarde de leur smartphone avancent en suivant le sens des ondes électromagnétique pour se laisser guider comme des oiseaux-avions. Des oiseaux sexy. Les femmes sont presque toutes vêtues d’un short ultra mini avec un chouette body. Il fait 30 degrés. Les jeunes sont tous fondus de selfie. Chacun est devenu le cinéaste interprète de sa propre vie. Je suis stupéfait par l’immensité de l’Asie.

Walking Street à Pattaya. Un déluge sonore à mi-chemin entre « Music Metal Machine » et « B/Free/Bifteck ». Un pur chaos sonore au milieu de la rue. Des centaines de boites avec orchestre ou sonos balancent chacune 120 Décibels simultanément. Des milliers de filles appellent les hommes en hurlant d’une voix suraigu, toutes en 007 girls quasi à poil. « Dans ces conditions, on est amené à se demander si nos oreilles, loin d’être l’organe de l’audition, ne serait pas plutôt la cause de notre surdité » La société Thaïlandaise fonctionne en restant dans le rail d’une sorte d’état d’urgence permanent contrôlé par l’armée. Pattaya:  la ville ne dort jamais. « L’homme vieilli qui cherche à se mettre au diapason du printemps découvre quelque chose d’infiniment plus pur et plus chaste que lui-même, et il voudrait, pour tant de dons immérités, pouvoir manifester son indicible gratitude ».

Suite de mon voyage d’études : « La musique née du silence retourne au silence »  Je jouais « Stella by Starlight » seul sur une plage déserte de la région de Krabi (sud de la Thaïlande). Un couple de touristes chinois surgit de nul part me demande l’autorisation de filmer (armés de deux iPhone6 montés sur un pied télescopique sorte de mini-louma ultra pro pour travelling). Le sujet : sa femme, étoile de beauté.

J’écoute le dernier mouvement du « Chant de la terre » de Gustav Malher. Véritable pont entre Orient et Occident d’après un poème chinois. Soudain perturbé par des craquements numériques au moment ou la mezzo-soprano prononce le mot ERWIG (éternellement). Sensation de chute d’un gratte-ciel de 100 étages puis le système tombe en panne. Dernier jour à Bangkok. Le MOCA : art de style sur-réaliste nationaliste. Bouddha omniprésent en tous lieux.

Les citations proviennent de « La musique et l’ineffable » de Vladimir Jankélévitch.